Les sujets des tests au gaz moutarde : gazés par leur propre armée, astreints au secret, puis sommés de le prouver
Ils étaient soldats et marins américains, pour la plupart des adolescents, et le gaz qui les a brûlés était américain. Entre 1942 et 1945, l'Army et la Navy ont utilisé plus de 60 000 militaires comme sujets humains dans des tests secrets de défense chimique portant sur des vêtements de protection, des onguents et des masques à gaz, les exposant au gaz moutarde et à la Lewisite. Au moins 4 000 d'entre eux ont subi les tests les plus sévères — enfermés dans des chambres à gaz, ou envoyés dans des terrains saturés de ces agents. Les expériences ont été tenues hors de leurs dossiers de service, et les hommes ont reçu l'ordre de ne jamais en parler, sous peine de libération déshonorante et de prison militaire. Aucun soin de suivi n'a été fourni, bien que le préjudice à long terme fût déjà connu dès 1933. Cette page est ce dossier — les tests, le rapport de 1993, la réglementation de 1994, la promesse tenue pour seulement 610 de quelque 4 000, et le dernier remède en 2017.
Le service et la promesse
La Seconde Guerre mondiale a été appelée, dans la formule de l’Institute of Medicine, « the unfought chemical war ». Les deux camps stockaient des armes chimiques et s’y préparaient intensivement, bien qu’elles n’aient jamais été employées au combat entre les grandes puissances. Les États-Unis connaissaient ces agents depuis la Première Guerre mondiale : le sulfure de moutarde, l’agent vésicant de 1917 et 1918, et la Lewisite, son pendant contenant de l’arsenic. Si le gaz ennemi venait, les troupes auraient besoin d’un équipement qui fonctionne — et les services ont conclu que les études animales ne remplaçaient pas les tests sur des hommes.
Le VA le décrit sans fard : le Department of Defense a recruté des sujets « volunteer soldier » pour évaluer des vêtements de protection, des onguents et des équipements ; en 1942, consigne l’histoire du VA, les gestionnaires du programme ont pris l’autorité formelle de les recruter et de les utiliser.
Ce que « volunteer » signifiait fait partie du dossier. Le comité de l’Institute of Medicine qui a examiné le programme en 1993 a écrit que bien que les sujets fussent appelés « volunteers », il ressortait clairement des rapports officiels que le recrutement « was accomplished through lies and half-truths ». On offrait aux hommes des incitations — des permissions supplémentaires étaient la monnaie courante — et on leur racontait des histoires partielles ou aucune ; certains se sont vu dire qu’ils testeraient des vêtements d’été. Le marché de base du soldat a été rompu dès le recrutement : on ne leur a pas dit à quoi ils étaient exposés, ni que ce serait ensuite traité comme si ce n’était jamais arrivé.
Ce qui s’est passé
À la fin de la guerre, plus de 60 000 militaires avaient été utilisés comme sujets humains (le chiffre de l’Institute of Medicine ; le VA donne près de 60 000), dans un large éventail d’expositions :
- Les tests par timbre (patch tests) représentaient la plupart des sujets : une goutte d’agent sur la peau pour tester des onguents. Des responsables de la Navy ont dit au GAO que 15 000 à 60 000 recrues ont pris part à des tests cutanés menés par des contractants — sans aucun dossier de leurs noms.
- Les tests en chambre étaient les plus contrôlés et parmi les plus sévères. Au Naval Research Laboratory à Washington, D.C., à Edgewood Arsenal dans le Maryland et sur d’autres sites, des sujets portant les vêtements testés entraient dans des chambres à gaz à répétition, une heure ou plus par essai, jusqu’à ce que leur peau montre des brûlures chimiques — le critère d’arrêt était la lésion tissulaire elle-même.
- Les tests sur le terrain envoyaient des hommes en tenue de test dans des terrains contaminés. Les sites de l’Army incluaient Edgewood Arsenal, Camp Sibert en Alabama, Bushnell en Floride et Dugway Proving Ground en Utah. Au Panama, le San Jose Project a mené plus de 100 expériences sur l’île San Jose (selon des documents militaires obtenus par NPR) ; dans un test documenté, Exercise Sand Fly, en août 1945, des bombardiers ont largué deux tonnes de gaz moutarde sur l’unité de Richard Mintz dans la jungle.
Au moins 4 000, a constaté l’Institute of Medicine, ont subi des tests en chambre ou sur le terrain à forte concentration — les expositions complètes du corps, certaines sans vêtements de protection — sur plus d’une douzaine de sites de l’Army et de la Navy.
Trois récits tiennent lieu des autres. Nathan Schnurman était un marin de 17 ans en 1944, recruté — selon son témoignage au Sénat — pour tester des vêtements d’été de la Navy en échange d’une permission de trois jours. Il a été au lieu de cela enfermé dans une chambre à gaz et exposé au gaz moutarde et à la Lewisite. Pendant sa sixième exposition, violemment malade, il a demandé à deux reprises par l’interphone à être libéré ; la réponse, a-t-il témoigné, a été non — l’expérience n’était pas terminée. Il s’est évanoui dans la chambre. Charlie Cavell avait 19 ans en 1945 quand, a rapporté NPR, il s’est porté volontaire pour un « programme spécial » en échange de deux semaines de vacances. Lui et onze autres ont été enfermés dans une chambre chauffée au Naval Research Laboratory pendant qu’on y injectait de l’agent moutarde, l’humidité augmentée pour en intensifier les effets. Après une heure, six hommes ont été libérés ; Cavell et cinq autres ont été gardés une deuxième heure, puis renvoyés aux baraquements portant encore leurs uniformes saturés de gaz. Des cloques se sont formées là où il transpirait le plus, de la taille de pièces d’un demi-dollar. « We had ceased to be volunteers », a-t-il dit à NPR. Rollins Edwards, un soldat de l’Army afro-américain, a été conduit avec une douzaine d’autres dans une chambre à gaz en bois où l’on a injecté du gaz moutarde et de la Lewisite. « It felt like you were on fire », a-t-il dit à NPR. « Guys started screaming and hollering and trying to break out. And then some of the guys fainted. » Edwards a aussi rampé chaque jour dans des terrains saturés de gaz moutarde. Soixante-dix ans plus tard, sa peau éclatait encore et tombait en écailles là où il avait été brûlé ; pendant des années, il a gardé un bocal de ces écailles, pour prouver ce qui lui était arrivé.
La présence d’Edwards là n’était pas fortuite : l’enquête de NPR de 2015 a trouvé des preuves que certaines expériences regroupaient les sujets par race : des soldats afro-américains testés pour voir, dans les mots d’Edwards, « what effect these gases would have on black skins » ; des soldats nippo-américains utilisés comme substituts des troupes japonaises ; des soldats portoricains distingués, y compris au Panama ; des hommes blancs engagés utilisés comme contrôles. Une étude obtenue par NPR en vertu du Freedom of Information Act décrivait 39 soldats nippo-américains et 40 soldats blancs exposés pendant vingt jours au printemps 1944. Le Pentagone a reconnu les constatations de NPR en 2015 ; il n’avait jamais parlé auparavant des tests regroupés par race.
Puis est venue la partie qui a gouverné les cinquante années suivantes. Tous les hommes des tests en chambre et sur le terrain, et certains des tests par timbre, se sont vu dire de ne jamais révéler la nature des expériences — secret juré sous peine de libération déshonorante et de prison militaire (Cavell a nommé Fort Leavenworth), selon les reportages de NPR — et les expériences ont été tenues hors de leurs dossiers militaires officiels, laissant la plupart sans aucune preuve. En dessous, les dossiers étaient aussi minces que le secret était épais : des listes par nom de famille seulement pour quelque 2 900 sujets des chambres du Naval Research Laboratory (GAO, 1993), et des dossiers de l’Army non tenus de manière à identifier les participants.
Et il n’y a eu aucun suivi — aucun. L’Institute of Medicine l’a énoncé dans ses termes les plus forts : « Most appalling was the fact that no formal long-term follow-up medical care or monitoring was provided for any of the WWII human subjects, despite knowledge available by 1933 that mustard agents and Lewisite could produce long-term debilitating health problems. » Les sujets des chambres ont été astreints au secret et libérés en permission, certains encore couverts de cloques, sans instructions pour les soins. Les constatations causales du comité — cancers du nasopharynx, du larynx, du poumon et de la peau ; maladie respiratoire chronique ; maladie oculaire grave ; leucémie aiguë non lymphocytaire pour la moutarde azotée — sont énoncées dans le bilan ci-dessous. La même absence de suivi s’étendait aux victimes du port de Bari en Italie — une histoire distincte dans cette section.
Ce que l’institution a fait ensuite
Pendant environ quarante-cinq ans, l’institution n’a essentiellement rien fait, parce que les hommes ont gardé le secret — presque jusqu’au dernier, pendant quarante ans ou plus (Institute of Medicine). Ceux qui ont déposé des demandes ont retrouvé le secret face à eux : le GAO a consigné que jusqu’en 1992, le VA n’avait approuvé que 13 demandes sur 145 découlant des tests.
La rupture est venue des sujets eux-mêmes. Schnurman a poursuivi devant un tribunal fédéral en 1979 ; l’action a échoué, en vertu d’une doctrine juridique qui, comme NPR l’a résumé, protège l’armée des poursuites pour des blessures liées au service. Lui et sa femme, Joy, ont passé deux décennies à compiler des preuves. En 1990, le groupe de Schnurman est devenu public (NPR). En 1991, des responsables fédéraux ont admis pour la première fois que l’armée avait mené des expériences au gaz moutarde sur des hommes engagés. Le Deputy Secretary du VA Anthony Principi a dit cette année-là sur 60 Minutes de CBS, comme NPR l’a cité : « They should be praised for what they did. And as far as the secretary and I are concerned, we’re about to do right by them. » Le VA a aussi assoupli ses exigences documentaires en juin de cette année-là et commandé l’examen de l’Institute of Medicine, publié sous le titre Veterans at Risk en 1993. La déclassification a été par couches plutôt qu’un acte unique — de nombreux documents déclassifiés peu après la guerre, d’autres restreints pendant des décennies — et le 9 mars 1993, le Deputy Secretary of Defense William J. Perry a libéré les hommes de leurs vœux de secret. Le règlement de comptes, quand il est venu, est venu en grappe :
- 18 février 1993 : le GAO a rapporté sur les tests secrets (NSIAD-93-89) et les dossiers fragmentaires.
- 18 août 1994 : la réglementation de présomption du VA, 38 C.F.R. § 3.316, a été révisée au Federal Register. L’exposition jointe au développement ultérieur d’une affection énumérée « is sufficient to establish service connection » — mais seulement pour l’exposition complète du corps : à la moutarde azotée ou sulfurée, avec conjonctivite chronique, kératite, opacités cornéennes, formation de cicatrices, ou cancer du nasopharynx, du larynx ou du poumon (sauf mésothéliome), ou carcinome épidermoïde de la peau ; à la moutarde azotée ou sulfurée ou à la Lewisite, avec laryngite chronique, bronchite, emphysème, asthme ou maladie pulmonaire obstructive chronique ; et à la moutarde azotée, avec leucémie aiguë non lymphocytaire. Les sujets des tests par timbre — la plupart des 60 000 — sont hors de ses termes, et le lien au service est exclu lorsque l’affection découle de la propre inconduite volontaire du vétéran ou d’une démonstration affirmative d’une cause supervenante non liée au service. La réglementation dispensait un vétéran admissible de prouver un lien médical entre l’exposition et la maladie — pas de prouver l’exposition elle-même, le fait même que le programme avait été conçu pour rendre improuvable.
- 6 mai 1994 : la Senate Committee on Veterans’ Affairs a tenu son audience, « Is Military Research Hazardous to Veterans’ Health? » Rudolph R. Mills, un marin de 18 ans dans les expériences en chambre de 1945, a témoigné qu’il portait un masque expérimental — la Navy testant si des hommes masqués pouvaient communiquer — incité à chanter par l’interphone, sans jamais savoir qu’il s’affaiblissait à chaque usage. Astreint au secret, il a subi à 43 ans une irradiation et une chirurgie qui lui ont retiré une partie de la boîte vocale et du larynx ; le gaz moutarde ne lui est venu à l’esprit comme cause qu’à la lecture d’un article de journal en juin 1991. John T. Harrison, qui avait rejoint les tests en 1943 pour une semaine de permission supplémentaire, a témoigné par écrit qu’il n’avait jamais été averti, qu’on lui avait dit de dire qu’il avait été en manœuvres d’aviron, et qu’il ne pouvait pas décrire ses expositions même au médecin de la Navy qui traitait sa maladie respiratoire à sa libération ; selon le personnel du comité, il n’a jamais reçu d’indemnisation, et le VA et le Department of Defense ont dit que ses dossiers étaient perdus. Le rapport du personnel majoritaire a suivi le 8 décembre 1994.
Quand les expériences ont été déclassifiées dans les années 1990, a rapporté NPR, le VA a promis de localiser environ 4 000 hommes utilisés dans les tests les plus extrêmes et d’indemniser ceux qui étaient blessés de façon permanente. En plus de vingt ans, le VA n’a tenté d’en joindre que 610, avec une seule lettre. Brad Flohr, un conseiller principal du VA pour les prestations, a dit que les autres ne pouvaient pas être retrouvés parce que les dossiers de l’armée étaient incomplets : « There was no identifying information. No Social Security numbers, no addresses, no … any way of identifying them. Although we tried. » NPR a alors fait le travail elle-même : sa bibliothécaire de recherche Barbara Van Woerkom a localisé plus de 1 200 des hommes en deux mois, à partir de la propre liste du VA et des dossiers publics, et NPR a publié une base de données consultable de 3 900 sujets nommés. NPR a aussi documenté des refus routiniers d’hommes admissibles. Cavell en était un : en 1988, il a obtenu ses dossiers du Naval Research Laboratory — son nom complet, son temps dans la chambre, le niveau de gaz — et les a soumis au VA. Refusé malgré tout, il n’a été accordé qu’après que NPR s’est renseignée, sur les mêmes informations qui dormaient dans son dossier depuis des décennies ; des responsables ont dit à NPR qu’ils ne pouvaient pas expliquer le retard.
Où en sont les choses
Le dernier remède est venu soixante-douze ans après les tests, construit autour d’un seul homme. Arla Harrell s’est engagé dans l’Army en 1945 à 18 ans. À Camp Crowder, dans le sud-ouest du Missouri, a raconté sa fille Beverly Howe aux journalistes, on lui a tamponné des agents moutarde sur la peau et il a été placé dans une chambre à gaz sans protections ; un rapport de 2012 de l’Army Corps of Engineers a confirmé plus tard un entraînement à la guerre chimique et des tests de masques à gaz dans trois pièces qu’il appelait « gas chambers » à Camp Crowder, avec du gaz moutarde présent sur le site. Harrell a vécu avec des problèmes pulmonaires et un cancer de la peau ; le VA a refusé ses demandes encore et encore — un quatrième refus est venu en avril 2016, quand il avait 89 ans et vivait en maison de soins. La sénatrice Claire McCaskill a pris son cas et porté son nom dans la loi : le Arla Harrell Act, signé en août 2017 dans le cadre d’un projet de loi plus large sur l’éducation des vétérans, exige du VA qu’il réexamine toutes les demandes précédemment refusées relatives au gaz moutarde et à la Lewisite de la Seconde Guerre mondiale, met la charge sur le VA et le Department of Defense — pas sur le vétéran — de prouver ou d’infirmer l’exposition, présume l’exposition complète du corps dans les cas reconsidérés sauf si une agence prouve le contraire, avec un traitement des demandes refondu et des rapports obligatoires au Congrès. En février 2018, le VA a rapporté 165 demandes refusées identifiées chez 140 vétérans et près de 1 million de dollars accordés à 17 — Harrell parmi eux ; la loi lui avait dit, dans les mots de McCaskill : « We believe you. » Il est mort en 2018, à 90 ans — cru, enfin, par le gouvernement qui l’avait gazé à 18 ans.
Pour toute personne encore vivante : § 3.316 reste en vigueur aux mêmes termes, les autres affections étant décidées au cas par cas, et la base de données de NPR demeure l’instrument public que le gouvernement n’a jamais construit — 95 pour cent de ses hommes déjà morts en 2015 (Columbia Journalism Review).
C’est là que le combat se termine : pas par une cérémonie, mais par l’arithmétique. Le bureau de McCaskill a estimé en 2017 que peut-être deux cents sujets étaient encore vivants. Les propres demandes des hommes sont closes par la mortalité. Ce qui reste appartient à leurs survivants — des demandes qu’une veuve ou une personne à charge peut encore poursuivre lorsqu’une affection liée au service a causé ou contribué au décès d’un vétéran — et au dossier lui-même : un programme mené en secret, documenté si mal que l’institution a plus tard plaidé les dossiers manquants comme excuse, et auquel il a été répondu, en fin de compte, par 610 lettres, une réglementation, une base de données construite par des journalistes, et une loi du Congrès portant le nom d’un homme mort l’année suivant son adoption.
Le bilan
Le bilan, en trois lignes — ce que le dossier montre qui a été fait, ce qu’il montre qui n’a pas été fait, et ce qui est encore demandé.
Ce qui a été fait
- Juin 1991 : Le VA a assoupli ses exigences documentaires, énumérant sept maladies qu’il considérerait comme causées par les agents, et a demandé l’examen devenu Veterans at Risk.
- 18 février 1993 : Le rapport du GAO (NSIAD-93-89) a documenté la tenue de dossiers défaillante : listes par nom de famille seulement pour quelque 2 900 sujets des chambres du NRL ; aucun nom pour les tests cutanés menés par des contractants ; 128 vétérans identifiés dans la démarche du VA de 1991.
- 1993 : Veterans at Risk de l’Institute of Medicine a établi les constatations causales (cancers ; maladie respiratoire chronique ; maladie oculaire grave ; leucémie pour la moutarde azotée) et condamné l’absence de soins de suivi malgré la connaissance du préjudice à long terme dès 1933.
- 9 mars 1993 : L’ordre de William J. Perry a libéré les participants aux tests d’avant 1968 de leurs vœux de secret.
- 18 août 1994 : 38 C.F.R. § 3.316 a été révisé pour accorder un lien au service présomptif pour des affections précisées après une exposition complète du corps.
- Mai–décembre 1994 : La Senate Veterans’ Affairs Committee a entendu le témoignage des sujets et publié le rapport de son personnel, Lessons Spanning Half a Century.
- 2015 : NPR a documenté la promesse de démarche non tenue et publié sa base de données consultable de 3 900 sujets nommés ; la série a remporté un Peabody Award.
- Août 2017 : Le Arla Harrell Act est devenu loi — demandes refusées réexaminées, charge de la preuve transférée au VA et au Department of Defense, exposition complète du corps présumée dans les cas reconsidérés. En février 2018, près de 1 million de dollars avaient été accordés à 17 vétérans, Harrell parmi eux.
Ce qui n’a pas été fait
- La promesse de démarche n’a jamais été tenue : en plus de vingt ans, le VA n’a tenté de joindre que 610 des quelque 4 000 sujets à exposition complète, avec une seule lettre.
- La majorité des sujets n’a jamais été identifiée du tout — des noms de famille sans prénoms ni numéros de service, des tests de contractants sans noms consignés : un défaut créé par le programme lui-même, cité plus tard par le VA comme la raison pour laquelle les hommes ne pouvaient pas être retrouvés.
- Aucun soin de suivi ni surveillance n’a jamais été fourni (IOM, 1993) ; la cohorte n’a jamais été suivie, de sorte que la pleine mesure du préjudice n’a jamais été prise et ne peut plus l’être.
- La présomption du § 3.316 n’atteint que l’exposition complète du corps et ses affections énumérées ; la majorité des tests par timbre — la plupart des quelque 60 000 — se tient hors d’elle.
- Le remède est arrivé après la mort de la plupart des hommes. Quatre-vingt-quinze pour cent des 3 900 hommes de la base de données de NPR de 2015 étaient déjà décédés ; le VA avait refusé environ 90 pour cent des demandes liées au gaz moutarde au cours de la décennie précédente (le compte de McCaskill), et seulement 40 vétérans vivants recevaient alors une quelconque prestation pour leur exposition.
Ce qui est demandé
- Rien qui puisse restaurer les propres demandes des hommes : ce combat est clos par la mortalité.
- Ce qui reste est pour les survivants : des demandes de Dependency and Indemnity Compensation (DIC) — « indemnisation des survivants » — lorsqu’une affection liée au service a causé ou contribué au décès d’un sujet, poursuivies sur les mêmes dossiers — la base de données de NPR, les états de service survivants — dont l’usage a si souvent été refusé aux hommes.
- Et le compte rendu lui-même : que les noms restent publics, dans la base de données de NPR, afin qu’aucune réponse de famille ne dépende de l’institution qui a gardé le secret.
Le dossier, en vidéo
Le dossier parlé est mince : il a été interdit aux hommes de parler pendant un demi-siècle, et la plupart ne l’ont jamais fait devant une caméra. Ce qui survit est le dossier du combat à la fin : la vidéo du rapport McCaskill, NBC sur la bataille des prestations, CNN sur l’affaire Harrell, et St. Louis sur la mort de Harrell, un an après l’adoption de sa loi.
Le rapport. Compagnon du rapport de 2016 de la sénatrice McCaskill, *Cruel and Unusual Service* : 60 000 testés, quelque 4 000 exposés complètement, astreints au secret pendant près d'un demi-siècle. (Senator Claire McCaskill.)
La bataille des prestations. NBC Nightly News, juillet 2016 : des vétérans se battant encore contre le VA pour des prestations des décennies après les expositions délibérées. (Segment NBC Nightly News, publié par la sénatrice Claire McCaskill.)
Le combat Harrell sur CNN. *The Lead* de Jake Tapper, juin 2017, examine le combat de McCaskill pour les vétérans exposés au gaz moutarde, des semaines avant l'adoption du Arla Harrell Act. (Segment CNN, publié par la sénatrice Claire McCaskill.)
L'homonyme, disparu. KMOV St. Louis, juin 2018 : Arla Harrell meurt à 90 ans, l'année suivant celle où la loi portant son nom lui a enfin gagné les prestations qui lui étaient refusées depuis les années 1940. (Segment KMOV, publié par la sénatrice Claire McCaskill.)
Sources
- Institute of Medicine, Veterans at Risk: The Health Effects of Mustard Gas and Lewisite (National Academies Press, 1993), Executive Summary — over 60,000 subjects, at least 4,000 in high-concentration chamber and field tests; the patch-to-chamber exposure range; the secrecy instruction; the June 1991 VA guidelines and seven diseases; chamber and field protocols ending at tissue injury; the causal findings; “already known by 1933 that certain long-term health problems resulted from sulfur mustard exposure”; the layered declassification record and persisting restrictions: https://nap.nationalacademies.org/read/2058/chapter/2.html
- Institute of Medicine, Veterans at Risk (1993), Front Matter — recruitment “accomplished through lies and half-truths”; “no formal long-term follow-up medical care or monitoring was provided for any of the WWII human subjects, despite knowledge available by 1933”; subjects sworn to secrecy and released on leave still blistered, without instructions for obtaining care: https://nap.nationalacademies.org/read/2058/chapter/399.html
- U.S. General Accounting Office, Veterans Disability: Information From Military May Help VA Assess Claims Related to Secret Tests, GAO/NSIAD-93-89, February 18, 1993 — the Navy’s surname-only listings for approximately 2,900 Naval Research Laboratory chamber subjects, possibly incomplete; 15,000 to 60,000 contractor skin-test recruits with no names recorded; Army records not kept to identify participants; only 13 of 145 claims approved until 1992; only 128 veterans identified in VA’s 1991 outreach: http://gao.justia.com/department-of-veterans-affairs/1993/2/veterans-disability-nsiad-93-89/NSIAD-93-89-full-report.pdf
- 38 C.F.R. § 3.316, “Claims based on chronic effects of exposure to mustard gas and Lewisite” — the full-body exposure requirement and the three condition groups; the willful-misconduct and supervening-cause bars: https://www.law.cornell.edu/cfr/text/38/3.316
- Federal Register, Vol. 59, August 18, 1994 — the 1994 revision of § 3.316, setting the current presumptive text: https://www.govinfo.gov/content/pkg/FR-1994-08-18/html/94-20229.htm
- VA Adjudication Procedures Manual, Section F (mustard gas and Lewisite claims) — eligible groups including field and chamber test participants; the note that veterans who participated in testing before 1968 were released from their vows of secrecy by the March 9, 1993 order of Deputy Secretary of Defense William J. Perry: https://docest.com/section-f-claims-for-service-connection-for-disabilities-resulting-from-exposure-to-mustard
- VA Public Health, “Mustard Gas” — the “volunteer soldier” recruitment to evaluate clothing, ointments, and equipment; nearly 60,000 involved, most in patch tests; about 4,000 subjected to severe, full-body exposures; the current presumptive condition list; Army medical care for 1942–1975 chemical and biological research volunteers with proximately caused injury or disease: https://www.publichealth.va.gov/exposures/mustardgas/
- VA Information Letter IL 10-2005-004 (March 14, 2005) — the 1942 initiation of formal authority to recruit and use volunteer subjects; over 60,000 subjects and at least 4,000 full-body exposures by the war’s end: https://webarchive.library.unt.edu/eot2008/20090114022820mp_/http://www1.va.gov/environagents/docs/USHInfoLetterIL10-2005-004_March_14_2005.pdf
- Senate Committee on Veterans’ Affairs, hearing, “Is Military Research Hazardous to Veterans’ Health? Lessons from World War II, the Persian Gulf War, and Today,” May 6, 1994 (103rd Congress, 2nd session) — the hearing record: https://archive.org/download/hearing-transcript/Active-Page/ismilitaryresear00unit.pdf
- Senate Committee on Veterans’ Affairs, majority staff report, Is Military Research Hazardous to Veterans’ Health? Lessons Spanning Half a Century, December 8, 1994 (excerpts) — Rudolph R. Mills’s testimony (the experimental mask, the singing, the lost larynx, the June 1991 newspaper article); John T. Harrison’s written testimony (no warning, the “rowing maneuvers” cover story, records lost, no compensation); Nathan Schnurman’s testimony (recruited at 17 to test summer clothing for a three-day pass; twice refused release from the chamber; passed out): https://ahrp.org/1994-staff-report-by-the-senate-committee-on-veterans-affairs/
- Caitlin Dickerson, “Secret World War II Chemical Experiments Tested Troops By Race,” NPR, June 22, 2015 — Rollins Edwards’s account and his words on being tested “to see what effect these gases would have on black skins”; the race-grouped tests (African-American, Japanese-American, Puerto Rican subjects; white controls); the San Jose Project and Juan Lopez Negron; the spring 1944 study of 39 Japanese-American and 40 white soldiers; Susan Smith’s 2008 “ideal chemical soldier” research; the secrecy threats; no follow-up care; the Pentagon’s acknowledgment: https://www.khsu.org/2015-06-22/secret-world-war-ii-chemical-experiments-tested-troops-by-race
- Caitlin Dickerson, “The VA’s Broken Promise To Thousands Of Vets Exposed To Mustard Gas,” NPR, June 23, 2015 — Charlie Cavell’s chamber account and the Leavenworth threat; Nat Schnurman’s 1979 lawsuit, the 1990 public break, and the Schnurmans’ two decades of evidence-gathering; Anthony Principi’s 1991 60 Minutes promise; the 610 attempted contacts by single letter; Brad Flohr’s statement; Cavell’s 1988 Naval Research Laboratory records and his claims granted, after NPR’s inquiry, on the evidence already in his file: https://www.nprillinois.org/2015-06-23/the-vas-broken-promise-to-thousands-of-vets-exposed-to-mustard-gas
- NPR, “How NPR Located More Veterans Exposed To Mustard Gas Than The VA,” June 26, 2015 — VA’s 1993 promise to reach each of the 4,000 and the 610 reached; research librarian Barbara Van Woerkom’s work; the Joy and Nat Schnurman archive that forced VA to begin offering compensation in 1991: https://www.nprillinois.org/2015-06-26/how-npr-located-more-veterans-exposed-to-mustard-gas-than-the-va
- NPR, “Families React To NPR’s Reporting Of Secret Mustard Gas Testing,” November 3, 2015 — NPR’s searchable database of 3,900 individual test subjects; Exercise Sand Fly (August 1945, Panama; Richard Mintz’s unit; two tons of mustard gas dropped by Army bombers): https://www.knkx.org/2015-11-03/families-react-to-nprs-reporting-of-secret-mustard-gas-testing
- Columbia Journalism Review, “How NPR balanced privacy, open access in publishing names of 4,000 mustard gas victims” (2015) — the database of almost 4,000 full-body subjects; 95 percent of those named already dead: https://www.cjr.org/analysis/npr_database_mustard_gas.php
- NPR, “WWII Veteran, Who Fought To Expose Secret Mustard Gas Experiments, Dies,” May 30, 2016 — Charles “Lindy” Cavell (died at 89): the two weeks’ vacation offer, the locked Naval Research Laboratory chamber, “We had ceased to be volunteers,” and the additional benefits and back pay granted in the last year of his life after a 26-year battle: https://www.nprillinois.org/2016-05-30/wwii-veteran-who-fought-to-expose-secret-mustard-gas-experiments-dies
- Smithsonian Magazine, “The Tragic Aftermath of Mustard Gas Experiments in World War II,” November 5, 2015 — NPR’s findings summarized, including Edwards’s account and the database’s contents: https://www.smithsonianmag.com/smart-news/americans-who-were-exposed-mustard-gas-wwii-experiments-180957152/
- Associated Press, February 2016, via Military Times, “Missouri WWII veteran says he was exposed to mustard gas” — Arla Harrell’s case: the Camp Crowder gas chambers, his daughter Beverly Howe’s account, the repeated denials, and the 2012 Army Corps of Engineers report documenting chemical warfare training and mustard gas at Camp Crowder: https://www.militarytimes.com/veterans/2016/02/07/missouri-wwii-veteran-says-he-was-exposed-to-mustard-gas/?contentFeatureId=f0fmoahPVC2AbfL-2-1-8&contentQuery=%7B%22includeSections%22%3A%22%2Fhome%22%2C%22excludeSections%22%3A%22%22%2C%22feedSize%22%3A10%2C%22feedOffset%22%3A25%7D
- NPR, “Missouri Senator To Introduce Bill To Help Veterans Exposed To Mustard Gas,” May 31, 2016 — McCaskill’s findings that only 40 living veterans were receiving compensation for exposure and that 90 percent of mustard gas claims had been denied; the bill’s presumption of exposure “unless either agency can definitely prove otherwise”: https://www.wextradio.org/2016-05-31/missouri-senator-to-introduce-bill-to-help-veterans-exposed-to-mustard-gas?_amp=true
- Associated Press, August 2017, via Air Force Times, “Trump signs bill to help World War II vets exposed to mustard gas” — the signing; the requirement that VA reconsider denied benefits; McCaskill’s estimate of a couple hundred surviving participants, Harrell among them; “It says to Arla Harrell, ‘We believe you’”: https://www.airforcetimes.com/news/pentagon-congress/2017/08/17/trump-signs-bill-to-help-world-war-ii-vets-exposed-to-mustard-gas/?contentQuery=%7B%22section%22%3A%22%2Fhome%22%2C%22exclude%22%3A%22%2Fnews%2Fpentagon-congress%22%2C%22from%22%3A1105%2C%22size%22%3A10%7D&contentFeatureId=f0fmoahPVC2AbfL-2-1-8
- Office of Senator Claire McCaskill, press release, February 21, 2018 — the Arla Harrell Act’s requirements (re-examination of all denied claims; burden on VA to prove or disprove exposure; revamped process; mandated investigation); VA’s report to Congress of 165 previously denied claims identified from 140 veterans and nearly $1 million awarded to 17 veterans, Harrell among them: https://www.legistorm.com/stormfeed/view_rss/1182569/member/816/title/nearly-1-million-in-previously-denied-claims-made-to-wwii-veterans-after-mccaskills-arla-harrell-act-becomes-law.html
- NPR, “U.S. Moves To Amend Secret Mustard Gas Tests On Veterans,” August 9, 2017 — the Act’s passage; Rollins Edwards, told of the bill at his South Carolina home, hoping it was true: https://www.sdpb.org/u-s/2017-08-09/u-s-moves-to-amend-secret-mustard-gas-tests-on-veterans?_amp=true
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